Peut-on encore rouvrir Fessenheim ? La réponse tient dans un décret

Non. La centrale nucléaire de Fessenheim ne peut plus rouvrir. Le dossier a quitté le terrain de l’arbitrage politique pour celui de la physique et du droit. Le gouvernement a signé le décret de démantèlement le 1er mai 2026 et les opérations ont démarré sur le site alsacien. Plusieurs gestes techniques accomplis bien avant ce décret interdisent déjà tout retour en arrière. Voici où en est réellement le dossier.

Non, la centrale de Fessenheim ne redémarrera pas

Arrêtée le 30 juin 2020 après quarante-trois ans d’exploitation, la doyenne du parc français a franchi depuis des étapes qui rendent la marche arrière caduque. Trois verrous bloquent l’hypothèse d’un redémarrage :

  • Verrou technique : les circuits primaires des deux réacteurs ont subi une décontamination à l’acide, une opération qui détruit leur conformité aux spécifications d’origine. Des organes en cœur de cuve ont aussi été démontés.
  • Verrou réglementaire : aucune procédure française ne permet de remettre en service une installation nucléaire de base définitivement arrêtée. Le droit ne prévoit tout simplement pas le cas.
  • Verrou économique : relancer le site reviendrait à autoriser une installation neuve, avec un dossier de sûreté aux normes actuelles, pour deux réacteurs conçus dans les années 1970.

L’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) a tranché ce point dès juin 2025, lors d’une conférence de presse tenue au lendemain du vote des députés.

Ce que le décret du 1er mai 2026 a scellé

Le décret n° 2026-336 prescrit à EDF le démantèlement complet de la centrale. Publié au Journal officiel le 3 mai 2026, il est entré en vigueur le 19 juin 2026, après approbation des règles générales d’exploitation par l’ASNR. Ce texte transforme un chantier de préparation en chantier de démolition encadré par la loi, avec une échéance ferme : la fin des opérations est fixée au plus tard au 30 juin 2048.

Phase du chantier Calendrier
Pré-démantèlement (évacuation du combustible, salle des machines) 2020 à 2026
Démantèlement des équipements nucléaires à partir de 2026
Assainissement des structures et des sols après le démantèlement
Démolition des bâtiments et réhabilitation du site fin au plus tard le 30 juin 2048

Les opérations irréversibles déjà menées sur les réacteurs

La salle des machines a été vidée de 6 000 tonnes de matériel, soit le poids de la tour Eiffel. Turbines et alternateurs ont disparu et le bâtiment servira d’entrepôt pour les colis nucléaires une fois le sol bétonné. En février 2025, EDF annonçait plus de 85 % des actions de pré-démantèlement réalisées. Le site emploie encore près de 400 personnes, contre 1 200 du temps de la production.

« Plusieurs opérations irréversibles ont été réalisées, pour lesquelles il n’existe pas à ce jour de solution technique pour revenir en arrière », ASNR, juin 2025.

Marine Le Pen avait elle-même identifié ce point de bascule en novembre 2021, quand elle réclamait un moratoire sur le démantèlement avant ce qu’elle décrivait comme un point de non-retour.

Pourquoi le vote des députés de juin 2025 n’a rien changé ?

Le 18 juin 2025, l’Assemblée nationale adopte un amendement du Rassemblement national prévoyant la relance du site, dans le cadre de l’examen de la proposition de loi Gremillet sur la programmation énergétique. La proposition de loi sera ensuite rejetée, ce qui prive l’amendement de tout effet. Le débat, lui, a duré : des élus RN ont dénoncé un manque de transparence sur l’état d’avancement réel du chantier, quand Raphaël Schellenberger, député Les Républicains de la circonscription et opposant à la fermeture de 2020, jugeait l’opération irréaliste.

Au-delà des positions, l’ASNR a posé le cadre juridique : une relance serait instruite comme une nouvelle installation à part entière et le projet se heurterait aux exigences de sûreté en vigueur aujourd’hui. Nicolas Goldberg, expert énergie chez Colombus Consulting, résume l’ordre de grandeur : la procédure serait plus longue et plus chère que la construction des EPR2, dont la première mise en service est annoncée d’ici 2038 pour une facture globale évaluée à 100 milliards d’euros sur six réacteurs.

Le futur du site : technocentre, emplois et hypothèse d’un nouveau réacteur

Fessenheim n’est pas devenue une friche. EDF et sa filiale Cyclife portent un projet de technocentre de recyclage des métaux très faiblement radioactifs issus du démantèlement d’installations nucléaires françaises. Le dossier reste au stade des études et de la concertation locale : l’année 2026 sert à finaliser ces travaux, avec des consultations réglementaires attendues en fin d’année. Le maire de la commune, Claude Brender, table sur une mise en service vers 2031-2032 et espère environ 200 emplois.

Une autre piste circule sur le territoire, sans aucune décision à ce stade : accueillir de nouveaux réacteurs, de préférence de petite taille. Les arguments avancés localement tiennent à l’existant, source froide du Rhin et raccordement au réseau haute tension. Ce scénario relèverait d’un projet neuf, avec ses propres autorisations et son propre calendrier, à des années de distance. Rouvrir Fessenheim et construire à Fessenheim sont deux sujets distincts et seul le second reste ouvert.

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