Le biométhane naît d’une chaîne en trois maillons : des déchets organiques fermentent sans oxygène dans un digesteur, le biogaz recueilli passe par une épuration, puis le méthane pur rejoint le réseau de gaz ou le réservoir d’un véhicule. Chaque étape a son savoir-faire et la filière française l’applique déjà sur plusieurs centaines de sites. Voici le mode d’emploi, de la matière première jusqu’à l’injection.
Les déchets qui alimentent la production de biométhane
Toute matière organique animale ou végétale fermente. En France, la filière valorise surtout des résidus plutôt que des cultures :
- les déjections animales et les résidus de récolte comme la paille ;
- les déchets verts (tontes de gazon) ;
- les déchets de l’agroalimentaire : abattoirs, laiteries, caves viticoles ;
- les boues des stations d’épuration.
Les cultures alimentaires ne fournissent qu’un complément : depuis 2016, un décret plafonne leur part à 15 % de l’approvisionnement d’un méthaniseur. Les déchets d’hier deviennent ainsi l’énergie de demain.
Faire du biométhane en trois étapes
Méthaniser les déchets dans un digesteur
Les déchets entrent dans une cuve fermée, privée d’oxygène. Les micro-organismes déjà présents dans la matière la dégradent et libèrent du biogaz. Ce processus de méthanisation reproduit en milieu contrôlé ce que font spontanément les marais ou l’estomac des vaches.
Le biogaz obtenu contient 50 à 70 % de méthane et 20 à 50 % de gaz carbonique, avec des traces d’azote, d’ammoniac et de sulfure d’hydrogène. La cuve rend aussi un résidu, le digestat : après traitement, il remplace les engrais chimiques dans les champs. L’installation change d’échelle selon le projet : unité à la ferme, unité collective centralisée, site industriel, station d’épuration ou centre de traitement d’ordures ménagères.
Épurer le biogaz
Le biogaz brûle déjà dans une chaudière ou un moteur de cogénération mais il reste chargé d’impuretés. L’épuration retire le gaz carbonique, l’eau et le sulfure d’hydrogène, corrosif pour les moteurs. Il reste du méthane pur, aux caractéristiques du gaz naturel : c’est cette étape qui distingue le biométhane du biogaz. Selon son niveau de pureté, le CO2 séparé trouve lui aussi un usage.
Injecter dans le réseau ou rouler au biométhane
Le biométhane suit deux voies. Le producteur l’injecte dans le réseau de gaz existant, qui le distribue aux foyers et aux entreprises. Il le compresse aussi en carburant (bioGNV) : les bus de la métropole lilloise roulent au biométhane depuis 2006.
L’injection a pris de l’ampleur : environ 800 sites français injectaient du biométhane fin 2025, pour une capacité proche de 15,5 TWh par an. Le soutien public repose sur l’obligation d’achat : un fournisseur de gaz rachète la production pendant 15 ans à un tarif fixé par arrêté. Ce guichet concerne les installations qui produisent moins de 25 GWh par an, avec un tarif de base de 111 à 178 € le MWh selon la taille de l’unité, avant indexation (chiffres du ministère de la Transition écologique relayés en 2026). Pour suivre l’évolution du parc de sites, les données ouvertes de l’observatoire du biométhane permettent d’aller plus loin.
Peut-on faire du biométhane chez soi ?
À la maison, on produit du biogaz, pas du biométhane : un particulier ne dispose pas d’unité d’épuration ni de raccordement au réseau. Des micro-méthaniseurs existent pourtant. On installe le digesteur au fond du jardin, on y verse des déchets de cuisine mélangés à de l’eau et le gaz alimente une cuisinière ou un groupe électrogène.
Selon Engie (chiffres de 2022), une petite unité de 6 à 8 litres de déchets alimentaires par jour coûte environ 1 200 € et fournit deux heures de cuisson quotidiennes. Un modèle de 18 à 20 litres dépasse 2 000 € pour six heures de cuisson. Ce biogaz complète les besoins d’un foyer sans les couvrir en totalité.
La vente de la production demande une autorisation préfectorale (article D446-3 du Code de l’énergie) et un projet met de 3 à 4 ans à sortir de terre selon GRDF. Les particuliers attachés à la filière ont donc d’autres leviers : le financement participatif d’un méthaniseur voisin ou une offre de gaz vert, où chaque kWh consommé correspond à un kWh de biométhane injecté sur le réseau.







