Derrière l’appellation ODRÉ biométhane se cache l’observatoire publié sur Open Data Réseaux Énergies, la plateforme de données alimentée par les gestionnaires de réseaux gaziers français. Au 4 août 2026, il recensait 851 sites injectant du méthane renouvelable et bas carbone dans les réseaux, pour 16 346 GWh par an de capacités installées. Chaque installation y apparaît avec sa localisation, son type d’intrants, son gestionnaire de réseau et sa capacité. Ces données dessinent une filière en croissance continue, avec un rythme qui se tasse.
851 sites d’injection au compteur
Le contraste avec les repères d’il y a trois ans frappe. Fin 2023, la France comptait 652 unités en injection pour une capacité raccordée proche de 12 TWh par an. L’observatoire en affiche aujourd’hui 851 pour 16,3 TWh par an, soit près de 200 installations supplémentaires raccordées aux réseaux en deux ans et demi.
Cette progression place la France parmi les leaders européens de l’injection de gaz renouvelable. Elle reste en deçà de la trajectoire visée : la Programmation pluriannuelle de l’énergie mise à jour en novembre 2024 fixe une cible de 44 TWh injectés en 2030, soit environ 15 % de la consommation nationale de gaz. En 2025, le biométhane couvrait 3,9 % de cette consommation.
| Repère | Sites en injection | Capacité ou objectif |
|---|---|---|
| Fin 2023 | 652 | près de 12 TWh/an raccordés |
| Août 2026 | 851 | 16,3 TWh/an raccordés |
| Cible PPE 2030 | non fixé | 44 TWh injectés |
Une nuance mérite l’attention : la capacité installée mesure le potentiel maximal des sites raccordés, pas le volume injecté sur l’année. En 2023, la filière a injecté 9 TWh quand la PPE alors en vigueur visait 6 TWh, un dépassement net de l’objectif qui a nourri la révision à la hausse de 2024.
Ce que l’observatoire du biométhane donne à voir
La datavisualisation s’organise autour de cinq thématiques, chacune braquée sur un aspect différent de la filière :
- Sites en injection : la carte des installations en service, filtrable par région, département, intercommunalité, type de site, gestionnaire et procédé.
- Registre et file d’attente : les projets qui ont réservé une capacité d’injection et attendent leur raccordement.
- Ratio production / consommation : la comparaison entre le biométhane produit sur un territoire et le gaz qui y est consommé.
- Suivi des rebours : les équipements qui font remonter le gaz du réseau de distribution vers le réseau de transport quand la production locale dépasse la demande locale.
- Accès au réseau : les conditions dans lesquelles un nouveau site se raccorde.
Cinq onglets complètent la carte : implantation des sites, suivi des capacités, nouveaux raccordements, répartition régionale du parc et dynamisme de la production. Cette datavisualisation n’est qu’une entrée parmi d’autres dans le portail de données publiques de l’énergie, où les jeux de données gaziers voisinent avec ceux de l’électricité et des réseaux. L’observatoire héberge aussi les premiers projets de filières innovantes, comme le power-to-méthane, la pyrogazéification et la gazéification hydrothermale. Les gestionnaires annoncent leur séparation dans une visualisation dédiée dès que les règles du secret statistique l’autoriseront.
Où se concentrent les sites d’injection ?
La répartition régionale raconte une géographie agricole. Le Grand Est arrive en tête avec 131 sites en 2025. Associé aux Hauts-de-France, à la Nouvelle-Aquitaine et à l’Île-de-France, il concentre 55 % des capacités installées et 57 % des volumes injectés à la fin du deuxième trimestre 2025.
Le filtre « type de site » éclaire cette concentration. L’observatoire distingue six familles selon l’origine des intrants :
- Agricole autonome : effluents et résidus d’une seule exploitation ou d’un petit collectif d’agriculteurs.
- Agricole territorial : plusieurs fermes mutualisent leurs intrants sur une unité de plus grande taille.
- Industriel territorial : coproduits d’industries agroalimentaires ou papetières.
- Station d’épuration : boues issues du traitement des eaux usées.
- ISDND : gaz capté sur les installations de stockage de déchets non dangereux, les anciennes décharges.
- Déchets ménagers et biodéchets : collectes séparées organisées par les collectivités.
Les unités agricoles forment la grande majorité du parc, ce qui ancre le biométhane dans les territoires d’élevage et de grandes cultures. Côté réseaux, GRDF raccorde l’essentiel des sites, devant NaTran et Teréga, avec une dizaine de régies locales comme Régaz, R-GDS, SOREGIES ou Séolis. Les capacités s’échelonnent des petites unités sous 5 GWh aux sites dits XXL, au-delà de 30 GWh par an.
Lire les chiffres ODRÉ sans se tromper
Quatre réflexes avant de citer un chiffre de l’observatoire
Dater l’extraction
851 sitesValeur relevée au 4 août 2026. Le compteur bouge à chaque mise en service : un chiffre sans millésime n’informe pas.
Distinguer capacité et volume
16,3 TWh/anC’est le potentiel des sites raccordés, pas le gaz réellement injecté. En 2023, 9 TWh ont été injectés pour près de 12 TWh raccordés.
Lire la file d’attente
1 243 projetsFin 2023, pour 27,2 TWh/an réservés, dont environ 590 encore en développement. Ce stock dessine les raccordements des trois à quatre années suivantes.
Revenir au jeu brut
points d’injectionLe fichier téléchargeable permet de recalculer soi-même une moyenne par région ou un poids par type d’intrants, sans dépendre des agrégats affichés.
Les valeurs ci-dessus correspondent aux extractions citées dans cet article. Relever la date de sa propre consultation reste la seule façon de rester juste dans le temps.
Un chiffre tiré de l’observatoire vieillit vite. Le compteur bouge à chaque mise en service, ce qui rend la date d’extraction indispensable à côté de toute donnée citée. Un contenu qui annonce « 700 sites » sans préciser son millésime égare son lecteur plus qu’il ne l’informe.
La file d’attente constitue le meilleur indicateur avancé de la filière. Fin 2023, 1 243 projets avaient réservé des capacités pour 27,2 TWh par an, dont environ 590 encore en développement pour 15,3 TWh. Ce stock de projets dessine les raccordements des trois à quatre années suivantes et son érosion signale un ralentissement bien avant que le nombre de sites en service ne fléchisse.
Dernier réflexe utile : le jeu de données brut reste téléchargeable depuis la plateforme, sous le nom points d’injection de biométhane en France. Il donne la matière pour recalculer soi-même une moyenne par région, un poids par type d’intrants ou une progression annuelle, sans dépendre des agrégats affichés à l’écran.







