Dreev est une coentreprise créée en 2019 par EDF et la société californienne Nuvve. Son métier tient en une idée simple : choisir le meilleur moment pour recharger une voiture électrique puis, dans certains cas, lui faire renvoyer de l’électricité vers le bâtiment ou le réseau. L’entreprise revendique la place de premier opérateur français du V1G et du V2G. Elle ne vend ni voiture ni borne : elle fournit la couche logicielle qui orchestre la charge, souvent en marque blanche, pour des flottes, des collectivités et des fournisseurs d’énergie.
Une coentreprise EDF et Nuvve née en 2019
EDF Pulse Croissance et Nuvve, spécialiste californien de la charge bidirectionnelle, lancent Dreev en mai 2019. Le siège se trouve à Courbevoie, dans les Hauts-de-Seine. L’équipe reste resserrée : une vingtaine d’experts de la mobilité électrique et des marchés de l’énergie. Le positionnement affiché dès le départ vise les flottes d’entreprises et les collectivités, deux univers où des dizaines de véhicules branchés au même moment pèsent lourd sur la facture d’un site.
La liste des partenaires dessine le périmètre : Izivia et Virta du côté de la supervision des bornes, Keolis, RATP et Arval du côté des flottes, Enedis du côté du réseau, Nissan, Volkswagen et ABB du côté du matériel. Dreev occupe la position d’intermédiaire entre ces mondes et publie une API ouverte pour que d’autres acteurs branchent leurs bornes sur sa plateforme.
Le V1G, recharger au bon moment plutôt qu’à la seconde du branchement
Une borne classique démarre la charge dès que le câble entre dans la prise. Le V1G, ou pilotage dynamique unidirectionnel, remplace ce réflexe par un calcul. La plateforme croise plusieurs paramètres avant de lancer la charge et d’en régler la vitesse :
- l’heure à laquelle le conducteur veut retrouver son véhicule chargé
- la puissance disponible sur le bâtiment ou le logement, pour éviter de saturer l’installation
- les heures creuses du contrat et les prix horaires du marché de gros
- la production des panneaux solaires du site, croisée avec les prévisions météo
- l’intensité carbone de l’électricité au moment où la charge démarre
Le flux garde un sens unique : le courant va du réseau vers la voiture. Le gain vient du décalage horaire. En France, le prix de l’électricité bouge toutes les heures selon la production et la demande. L’adossement à EDF donne à Dreev un accès direct à ce marché de gros, donc la capacité d’anticiper les creux de prix.
Le V2G transforme la batterie en réservoir qui se vide aussi
Le Vehicle-to-Grid ajoute le sens inverse. La borne devient bidirectionnelle : elle remplit la batterie quand l’électricité abonde et coûte peu, par exemple une nuit ventée, puis elle en restitue une part au bâtiment ou au réseau pendant les pointes de consommation. Une voiture passe l’essentiel de son existence à l’arrêt : le V2G exploite ces heures immobiles comme une capacité de stockage répartie sur le territoire.
Dreev a installé plusieurs centaines de bornes bidirectionnelles en France et en Europe, auprès de collectivités et d’entreprises, dans le cadre de programmes comme Flexitanie en Occitanie ou EVVE. La société détient une certification de RTE pour participer à la réserve primaire, le mécanisme qui maintient la fréquence du réseau au plus près de 50 hertz.
Le réseau électrique français tient 50 hertz en permanence : la réserve primaire corrige un écart de 0,05 hertz en trente secondes.
RTE rémunère ce service. Une partie des gains redescend ensuite vers les clients qui prêtent la flexibilité de leurs batteries. Les trois modes de recharge se distinguent surtout par le sens du courant et par le matériel qu’ils réclament.
| Mode | Sens du courant | Ce qu’il réclame |
|---|---|---|
| Recharge standard | réseau vers voiture, dès le branchement | une borne simple |
| V1G | réseau vers voiture, à l’heure choisie par l’algorithme | une borne pilotable, une plateforme connectée |
| V2G | réseau vers voiture et voiture vers réseau | une borne bidirectionnelle, un véhicule compatible |
Ce que Dreev apporte à une flotte d’entreprise
Une flotte électrifiée concentre les difficultés : des dizaines de véhicules branchés le même soir sur le même site, une puissance souscrite limitée et une facture qui grimpe. Le pilotage étale les charges dans le temps au lieu de les empiler. Chaque véhicule récupère ses kilomètres avant le départ du lendemain, sans que le site tire tout son courant à la même minute.
En mai 2025, Virta, superviseur de bornes présent dans 35 pays, a raccordé la technologie Dreev à sa propre plateforme par une interface API pour ses clients flotte. La cible annoncée : les sites où les véhicules restent branchés longtemps, avec une consommation électrique lourde. Le bénéfice dépasse la facture du gestionnaire de flotte : lisser la recharge écarte les pointes nationales et réduit l’écrêtement des énergies renouvelables, ces mégawattheures éoliens ou solaires perdus faute de demande au bon moment.
Et pour un particulier, à quelle échéance ?

Plus de 80 % des conducteurs rechargent surtout à domicile, le plus souvent sans aucun pilotage. Dreev ne s’adresse pas à eux en direct : la technologie arrive par des offres partenaires, comme IZI by EDF Smart Charge ou l’offre Sowee associée à Volkswagen. L’utilisateur suit son état de charge dans une application, fixe son heure de départ et garde la main pour forcer une recharge immédiate.
Le V2G résidentiel, lui, reste devant nous. Dreev ne propose pas encore de borne bidirectionnelle aux particuliers et la raison tient au matériel. Les centaines de bornes déjà posées utilisent le standard japonais CHAdeMO, porté en France par la Nissan Leaf, quelques Mitsubishi et les anciennes Citroën C-Zéro et Peugeot iOn. Le reste du parc européen roule en CCS Combo, dont la version bidirectionnelle repose sur la norme ISO 15118-20. Dreev déploie ses premières bornes compatibles CCS et plusieurs constructeurs européens ont annoncé des modèles capables de renvoyer du courant.
Trois pièces manquent encore pour que le V2G descende dans les garages :
- un véhicule bidirectionnel au standard CCS, vendu en série
- une borne homologuée, raccordée avec l’accord du gestionnaire de réseau
- un opérateur agréé pour valoriser l’énergie renvoyée et reverser les gains
Ces trois pièces existent déjà séparément, en démonstration ou en flotte. Leur assemblage chez un particulier constitue la prochaine étape et Dreev avance dessus avec les constructeurs.





