GOFLEX réunit deux outils au même endroit : une étiquette qui note la capacité d’un bâtiment tertiaire à moduler sa consommation électrique et une plateforme en ligne qui rapproche ce potentiel des acteurs prêts à le rémunérer. Le dispositif a été lancé en mai 2024 par le programme ACTEE de la FNCCR, RTE, le GIMELEC et l’IFPEB. Un questionnaire d’une vingtaine de minutes débouche sur une note de A à D, une puissance modulable en kilowatts et un pourcentage d’effort. Voici ce que recouvre cette grammaire commune de la flexibilité électrique.
Ce que chiffre l’étiquette GOFLEX
L’étiquette tient en trois indicateurs lisibles d’un coup d’œil. La lettre traduit la pilotabilité du site : sa faculté de répondre vite à une demande de modulation et de mesurer l’effet obtenu ensuite. La puissance modulable exprime en kilowatts le volume que le bâtiment retire du réseau pendant la pointe. Le pourcentage rapporte cette puissance à la puissance souscrite et donne la mesure de l’effort consenti.
| Indicateur | Ce qu’il traduit | Exemple |
|---|---|---|
| Lettre A à D | Classe de pilotabilité du bâtiment | A |
| Puissance modulable | Volume retiré du réseau, en kW | 87 kW |
| Effort relatif | Puissance modulable / puissance souscrite | 30 % |
Ces trois chiffres forment le langage partagé entre gestionnaires de bâtiments, agrégateurs, fournisseurs d’énergie et gestionnaires de réseau. Chacun lit la même chose derrière la même note, ce qui raccourcit la discussion commerciale et évite les audits croisés.
Effacement, décalage, modulation : trois leviers distincts
La flexibilité électrique dépasse le simple fait de couper le courant. Trois gestes coexistent : l’effacement supprime un usage pendant la pointe, le décalage le déplace vers une heure creuse, la modulation en réduit l’intensité sans l’interrompre. Dans un bâtiment tertiaire, les postes mobilisables reviennent toujours aux mêmes familles :
- le chauffage et l’eau chaude sanitaire, dont l’inertie couvre souvent plusieurs heures sans relance
- la ventilation et la climatisation, réglables par paliers fins
- l’éclairage, ajustable par zones selon l’occupation réelle
- la recharge des véhicules électriques, déplaçable vers l’après-midi et son pic solaire
Jusqu’ici, la flexibilité s’est concentrée sur l’effacement industriel des jours de pointe hivernaux. Le tertiaire ouvre un gisement plus dispersé mais massif : les bâtiments publics représentent à eux seuls 40 % du parc tertiaire français.
Comment se calcule la note d’un bâtiment ?
Le questionnaire se déroule en trois temps. D’abord la fiche d’identité du site : surface, usage, commune. Ensuite les questions techniques sur le système de pilotage, ses performances et ses fonctionnalités, comptage et sous-comptage compris. Enfin le détail des usages électriques et de leurs puissances. Comptez 15 à 30 minutes quand les données ont été rassemblées en amont.
« En discutant avec les fournisseurs, nous avons estimé qu’à partir de la lettre C, il est faisable de faire de la flexibilité », précise Adam Soussana, chargé de mission au programme ACTEE.
De l’étiquette au contrat, le rôle de la plateforme
L’évaluation seule ne rapporte rien : sa valeur naît de la mise en relation. Une fois son bilan établi, le gestionnaire choisit de rendre son évaluation visible et rejoint une base consultée par deux familles d’acteurs. Les fournisseurs d’électricité y puisent pour construire des offres heures pleines / heures creuses adaptées au profil du site. Les agrégateurs et opérateurs d’effacement, eux, agrègent des capacités individuelles trop petites pour compter isolément, les revendent sur les mécanismes nationaux de valorisation et reversent une rémunération à leurs clients.
Villeurbanne, le banc d’essai grandeur nature
La commune de Villeurbanne a testé l’outil pendant un an. La piscine Gagnaire affiche 115 kW flexibles pour 224 kW souscrits, soit la moitié de son appel de puissance. Sur son centre nautique, la ville a chiffré la puissance effaçable à 81 kW : en abaissant sa puissance souscrite et les débits des pompes de chauffage et de filtration, elle a économisé entre 3 800 et 4 600 euros sur sa facture, avec un bilan carbone allégé au passage. L’exemple illustre la logique du dispositif : la même action sert la facture, le climat et la stabilité du réseau.
La flexibilité mesurée en conditions réelles
Puissance souscrite abaissée, débits des pompes de chauffage et de filtration réduits : 3 800 à 4 600 euros économisés sur la facture.
Les barres représentent la part de la puissance souscrite que le site peut retirer du réseau pendant la pointe.
Un accès gratuit et un guichet d’aides pour les collectivités
L’inscription et le calcul de l’étiquette restent gratuits et cette gratuité demeure acquise aux maîtres d’ouvrage publics. La synthèse publiée en 2025 recense 132 structures inscrites, en grande majorité des gestionnaires de patrimoine public. Les 15 collectivités du premier appel à projets pilote, doté de 1,5 million d’euros, cumulent environ 100 MW de puissance souscrite pour un gisement estimé entre 10 et 20 MW aux heures de pointe. Sa suite, Eff’ACTEE+, porte l’enveloppe à 3 millions d’euros pour accompagner 50 collectivités et finance :
- des postes dédiés à l’effacement et à la flexibilité
- des audits d’effacement bâtiment par bâtiment
- des outils de mesure et de suivi : ampèremètres, logiciels de consommation, connexion des systèmes de gestion technique du bâtiment
Le pari du dispositif tient en une phrase : rendre lisible un gisement que personne ne savait chiffrer, pour que le marché s’en saisisse.





