Flex Ready, la marque qui rend les bâtiments capables de suivre le réseau électrique

Flex Ready® est une marque collective française qui qualifie les équipements et les bâtiments prêts à participer à la flexibilité du système électrique, autrement dit à moduler leur consommation quand le réseau le demande. Think Smartgrids la porte depuis octobre 2024, aux côtés du Gimelec (l’organisation professionnelle des industriels de l’équipement électrique), de RTE et d’Enedis. Le principe tient en une phrase : un bâtiment tertiaire déplace ses consommations vers les heures où l’électricité abonde, coûte moins cher et émet moins de carbone, sans dégrader le confort de ses occupants.

Ce que la marque Flex Ready qualifie exactement

La marque n’évalue ni la performance thermique d’un bâtiment ni sa consommation annuelle. Elle atteste une capacité d’interfaçage : le système de pilotage reçoit un ordre de modulation envoyé par un gestionnaire de réseau ou par un opérateur d’effacement (l’acteur qui valorise auprès du réseau l’énergie non consommée) puis agit sur les équipements en temps réel. La cible du dispositif reste le bâtiment tertiaire, qui pèse 28 % de la consommation électrique française.

Les leviers visés couvrent l’essentiel des usages électriques de ce parc :

  • le chauffage, la ventilation et la climatisation, commandés par la GTB (gestion technique du bâtiment, l’informatique qui pilote les équipements)
  • l’éclairage et les usages secondaires
  • le stockage d’énergie installé sur site
  • la recharge des véhicules électriques, via les IRVE (infrastructures de recharge)

Une nuance sépare Flex Ready des dispositifs voisins. L’étiquette GOFLEX attribue une note de flexibilité aux tertiaires en exploitation, quand Flex Ready qualifie en amont les équipements et les systèmes que l’on installe. La première mesure un résultat, la seconde prépare le terrain.

Comment un équipement obtient le droit d’usage ?

Le parcours repose sur l’autodéclaration, pas sur un audit mené par un tiers. Un fabricant, un intégrateur ou un gestionnaire de site renseigne les grilles du référentiel technique, démontre la conformité de ses interfaces puis adresse sa candidature à Think Smartgrids, qui délivre un droit d’usage de la marque. Guide d’application et référentiel technique circulent encore en version provisoire, téléchargeables en accès libre.

Le Gimelec a traduit ces exigences en trois jeux de documents, un par famille d’acteurs concernée.

Acteur Documents à produire
Fournisseur de BACS Spécifications du BACS, de l’API Flex Ready et de la cybersécurité, PV de réception
Gestionnaire de site PV de réception BACS Flex Ready, certificat de test de l’API, points de contrôle cyber
Opérateur de flexibilité Spécifications de l’API côté opérateur, certificat de test, grille cybersécurité

Ce découpage règle le flou habituel des cahiers des charges : chacun sait quel document il signe et devant qui il s’engage.

BACS Flex Ready, la déclinaison bâtiment du référentiel

Le référentiel BACS Flex Ready® du Gimelec transpose la marque au monde de la gestion technique du bâtiment. Il s’articule autour de trois briques complémentaires :

  • un référentiel technique qui fixe le prérequis minimal pour qu’un BACS dialogue avec les acteurs du système électrique
  • un socle cybersécurité élaboré avec l’ANSSI, taillé pour l’entrée en application des réglementations NIS2 et CRA d’ici 2027
  • un référentiel national de commissionnement et de rétro-commissionnement, publié en juillet 2026 par la SBA et le Gimelec

Cette dernière brique mérite l’attention des exploitants. Le rétro-commissionnement vise les systèmes de pilotage restés sur leur paramétrage d’usine depuis leur installation, cas de figure répandu dans le parc existant. Un BACS mal réglé consomme sans discernement, quelle que soit la qualité du matériel.

Qu’est-ce que ça change pour un gestionnaire de bâtiment ?

Électricien vérifiant un tableau électrique résidentiel avec des rangées de disjoncteurs

Le décret BACS impose déjà un système de gestion technique aux bâtiments tertiaires dont les installations de chauffage ou de climatisation dépassent 70 kW, avec une échéance au 1er janvier 2027. Flex Ready ajoute une couche à cette obligation : plutôt qu’un GTB qui se contente d’optimiser en interne, le gestionnaire obtient un système capable de valoriser sa souplesse auprès d’un opérateur d’effacement. L’investissement réglementaire devient un actif.

Le référentiel sert aussi de trame d’appel d’offres. Un maître d’ouvrage qui exige BACS Flex Ready dans sa consultation écarte les solutions fermées et se prémunit contre la dépendance à un intégrateur unique. Le Gimelec chiffre l’enjeu à l’échelle du pays :

100 000 bâtiments tertiaires équipés en BACS en 2030, c’est 20 % d’économies d’énergie et une capacité de modulation sur le système électrique national de 6 GW, soit 3 à 5 réacteurs nucléaires.

L’ordre de grandeur reste théorique. La flexibilité mobilisable du tertiaire s’établit aujourd’hui autour de 10 % de sa consommation, avec un gisement supplémentaire attendu du pilotage des bornes de recharge.

Le déploiement français reste au stade pilote

Le premier site opérationnel a été dévoilé en juillet 2025 au siège de Morbihan Énergies, avec Avob, Energy Pool et Survoltage. Le bâtiment reçoit des demandes de modulation et décale ses consommations selon le prix de l’électricité, sans perte de confort pour les occupants. Le bâtiment Intencity de Schneider Electric a suivi. Think Smartgrids a promené la démarche à Nantes, Lille, Toulouse, Grenoble puis Paris en mars 2026, sous la bannière du Tour de France Flex Ready.

Le tableau reste celui d’une phase pilote assumée. Le référentiel technique circule en version 0.2.2 et la V1 attend toujours sa publication, nourrie par les retours de terrain. Aucun décompte public ne recense les solutions autorisées à porter la marque, ni les bâtiments qualifiés. Un gestionnaire qui prépare une consultation pour 2027 a donc intérêt à suivre la sortie de la V1 avant de figer ses spécifications.

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